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Excursion dans le pays de Monts-sur-Guesnes

 
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pictavius
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MessagePosté le: Dim 15 Juil - 16:39 (2012)    Sujet du message: Excursion dans le pays de Monts-sur-Guesnes Répondre en citant

Une excursion dans le loudunais ? En voici une en 1935 par les érudits des antiquaires de l'Ouest.

Excursion dans le canton de Monts-sur-Guesnes et le pays de Richelieu (pays Richelais).




L'EXCURSION DU 23 MAI 1935
 





Projetée en 1933 et plus qu'à demi organisée, l'excursion de la Société dans le pays Richelais et le canton de Monts-sur Guesnes dut,
presque la dernière heure, être contremandée pour des raisons particulières. L'année suivante, la célébration de notre premier centenaire
conduisit à visiter une autre région. Mais le projet n'avait pas été abandonné, et il vient d'être repris avec tout le succès qu'on pouvait souhaiter.

En ce printemps exceptionnellement maussade. ce fut une chance que la journée du 29 mai, fraîche et presque froide dans
la matinée et toujours avare de soleil, demeurât du moins sèche et permit les visites de plein air dans les meilleures conditions.
Notre Président, M. le professeur Plattard, retenu par les exigences de son enseignement, avait eu le regret de ne pouvoir
se mettre à notre tête. Le vice-président M. François Eygun le suppléa, assumant, avec la direction effective de l'excursion, la
plus grande charge de sa préparation, à laquelle le prédestinait sa connaissance particulière du pays Richelais.

Parti de la Place d'Armes à 7 h. 45, le cortège, par la Porte de Paris et la route de Nantes, gagna le bourg d'Auxances (1), dont
on remarque, sur la droite, le donjon XIVe siècle. Foulques de La Rochefoucauld était en 1418 seigneur de la Tour d'Auxances.
Cette seigneurie appartint successivement à Jean Rabateau, qui fut à Poitiers l'hôte de Jeanne d'Arc, puis, par mariage, à Thomas
de Vivonne, qui vendit cette terre en 1472 au gouverneur de la Rochelle Jean Mérichon;  celui-ci fit au château de grandes réparations.
En 1651, Jean de Montbron en était propriétaire par suite de son mariage avec Guyonne Mérichon ; sa famille devait conserver longtemps cette seigneurie.

Après Auxances, on prend la route de Vendeuvre ; on traverse Avanton, d'où on aperçoit le gracieux petit château XVIe siècle,
qui conserve encore comme dallage des panneaux sculptés et retournés de château de Bonnivet. La seigneurie d'Avanton
appartient, entre autres, aux de Chouppes (XIVe siècle), L'abbé Giboreau, Aubert (XVIe siècle), Duflos (XVIIe siècle) et de Faye Pérand.

Aussitôt traversée la petite rivière Palu, on voit à gauche la léproserie du Gué de Vendeuvre et sa croix ornée d'une niche.
L'église de Vendeuvre, devant laquelle on passe, est en partie romane et gothique. C'est l'évêque de Poitiers qui était seigneur temporel du lieu.

Le bourg de Lencloître, qu'on traverse ensuite (l'Enclotire en Gironde, jadis, rappelant la forêt de Gironde, maintenant
disparue), doit son nom à un important prieuré fontevriste, dont l'église romane, fortifiée au XVe siècle, très beau monument, est
devenue paroissiale. Puis à trois kilomètres environ, à droite, la tour du Pollet (XVe siècle), ancien fief relevant d'Abain. Après
avoir traversé l'extrémité du village d'Orches on arrive à Faye-la-Vineuse.

La visite de l'église se fait aussitôt sons la direction de M. Crozet, qui la présente et l'explique avec sa science et sa clarté coutumière.

En dépit d'une restauration qu'on peut juger excessive, l'église Saint-Georges de Faye-la-Vineuse reste, avec celle de
Preuilly-sur-Claise et avec les ruines de Saint Léonard de l'Ille Bouchard, l'une des belles constructions romanes de la Touraine.
Construite sur une vaste crypte qu'explique, seule, la déclivité du sol, elle présente l'association, assez rare, du plan déambulatoire et
de la nef sans collatéraux. Par certains traits, décor des chapiteaux, arcature aveugle entre tes grandes arcades et les
fenêtres du chœur, passages étroits reliant les croisillons du  transept a la nef, elle se rattache à des édifices de la région de la Loire et du Berry.

L'histoire vient éclairer cette parenté. Faye-la-Vineuse a été mêlée à l'histoire féodale de la Touraine et de l'Anjou. D'autres
éléments, coupole sur pendentifs, structure des gros piliers du carré du transept, évoqueraient plutôt des parentés avec le Poitou.
Quelques chapiteaux historiés, enfin, combats de chevaliers, croisés en route pour la Terre Sainte, viennent nous rappeler la participation
des seigneurs de Faye et de Geoffroi le Barbu, comte d'Anjou, à la fondation de la collégiale. Le xve siècle avait doté l'église d'un appareil
défensif dont il reste une échauguette et des terrasses crénelées. Ces dernières ajoutent à l'intérêt archéologique un élément pittoresque qu'on ne saurait négliger.


Après un parcours de quelques kilomètres, c'est Richelieu. Nous nous rendons à l'Hôtel de Ville, et prenons place dans la grande
salle. M. Eygun, qui préside, prononce l'allocution suivante :
Ceux d'entre vous qui depuis six ans suivent ces excursions ont dû éprouver aujourd'hui une sensation bien différente de celles que leur ont
laissées nos promenades précédentes.

Vous avez certainement remarqué combien le nord de Poitiers ressemble peu aux régions du Montmorillonnais ou du pays civraisien. Les
paysages y sont peut-être moins pittoresques et les teintes moins heurtées ;
l'ensemble n'est sans doute pas plus beau, mais tout à fait autre et plein de charme. Le proche horizon s'étend autour de larges vallées au
profil vieilli et, depuis Châtellerault et le cours de l'Envigne, cette impression s'accentue. Les lignes ou mouvements de terrain s'adoucissent ;
la tuile plate gagne sur la tuile courbe : la pierre elle-même devient moins dure, presque trop tendre, ce qui facilite la construction et la sculpture
très fine. N'est-ce point une contrée accueillante que celle où les angles s'usent an moindre frottement et où les portes elles-mêmes s'agrandissent
comme pour mieux vous offrir d'entrer ?

Vous avez vu augmenter le nombre des bois de pins et des vignobles et les conteurs du paysage se cerner de lignes de peupliers plus abondantes
qui se perdent dans des lointains bleutés ; tout annonçait l'approche d'un pays dissemblable du Poitou. C'est qu'à Cbampigny, en effet,
nous serons aux confins de la Touraine, à l'extrémité du « pagus des Pictons », sur la dernière paroisse du diocèse de Poitiers tel qu'il subsiste
jusqu'à la Révolution. Maintenant, à vrai dire, les habitants du Richelais, depuis la division de la France en départements, regardent
plutôt vers Tours devenue leur évêché et leur préfecture. L'accès, il est vrai, jusqu'à l'apparition des autobus, à distances égales entre leur ancien
et nouveau chef-lieu, leur en fut plus facile. Vous avez vu, d'ailleurs, par l'état de la route que nous avons prise et qui est pourtant la plus directe,
que l'ancienne capitale ne cherche guère à regagner son influence.
Il reste, du moins, des attaches intellectuelles bien étroites entre le Richelais et le Poitou, et la principale est assurément le souvenir toujours
vivant de l'incontestable poitevin qui fonda Richelieu. La Vervolière, Luçon, Coussay, Richelieu sont des étapes inséparables d'une même
histoire. Ce lien valait bien la peine que la Société des Antiquaires vint  la rappeler, si tant est qu'il fût oublié. D'autres d'ailleurs, vont le faire
mieux que moi et je ne veux pas retarder le plaisir que vous aurez à les entendre. Je tiens toutefois auparavant à remercier M. le Maire de
Richelieu qui a bien voulu mettre à notre disposition la salle de réunion de la Mairie.

Nous avons eu le regret de recevoir hier une dépêche de M. le Président de la Société archéologique de Touraine qui, après nous avoir
aimablement promis d'assister à cette réunion, a dû reculer devant des horaires qui ne correspondaient pas aux nôtres. Nous sommes tout à fait
désolé de ce contretemps qui nous prive du représentant de cette Société, sœur cadette de la nôtre, qui travaille avec nous sur un terrain commun.
Nous avons enfin ici un de nos membres dévoués, M. Turquois, qui a bien voulu se mettre à notre disposition dès qu'il fut question d'une promenade
de notre Société à Richelieu. Dût sa modestie en souffrir, nous tenons à remercier très vivement Me Turquois pour sa collaboration qui nous fut si utile.

Et maintenant, après avoir exprimé tout le plaisir que la Société des Antiquaires de l'Ouest éprouve à visiter les monuments du Richelais
et à  évoquer les souvenirs de son histoire, je donne la parole à M. Félix Olivier-Martin, archiviste-paléographe, ancien membre de l'Ecole de
Rome, professeur à la Faculté de Droit de Poitiers.

M. Olivier Martin, dans une attachante causerie, où le fond, très personnel est encore relevé par le tour prenant de la forme,
examine quelques-uns des aspects de l'origine, de la vie et de l’œuvre du Cardinal, notamment dans ses rapports avec le Poitou.
De cette belle conférence, très goûtée, nous ne dirons rien de plus puisque le texte reconstitués en retrouve ici-même (2).
M. Eygun se fait l'interprète de l'assemblée en disant à l'auteur les remerciements des auditeurs.

La visite de la ville commence ici même, où M. Salvini, qui a accepté de la diriger, signale dans cet hôtel de ville, qui est
l'auditoire de l'Ancien Régime, trois belles portes provenant du château, et aussi deux portraits, l'un du Cardinal, qui ornait autrefois
ce même château, et, transporté au Louvre à la Révolution, fut racheté par la ville en 1814, et l'autre, de Jacques Lemercier, l'architecte, en habit de gala.

Ce même artiste se retrouve, en tenue de travail, sur une toile de la sacristie de l'église. Celle-ci, du plus pur style Louis XIII,
est rapidement visitée, ainsi que la halle, les quatre portes symétriques et la grande rue aux façades monumentales dont l'ensemble,
en dépit des injures du temps et des négligences d'entretien. constitue on document précieux sur l'urbanisme de 1630 et un témoignage de la volonté créatrice d'un grand homme qui
compta d'ailleurs de meilleures réussites. Une excursion dans le parc permit à M. Salvini de marquer sur le terrain le développement du château,
célébré par les contemporains comme une merveille, et dont il ne reste rien, que des descriptions et des œuvres d'art dispersées.

Puis 45 convives s'assoient autour des tables de l'hôtel du Faisan, où un excellent repas nous est servi. M. Eygun ayant
été obligé de s'absenter pour quelques heures, c'est M. Rousseau qui, en quelques paroles bien senties, se fait l'interprète de tous
pour constater la réussite de l'excursion et en remercier les divers artisans.

De Richelieu nous nous rendons à Champigny-sur-Veude.
Vers le milieu du parcours on voit, à gauche, le château de la Pataudiére, bâti au XVIe siècle par un Forgon, passé de cette
famille dans celle des Lomeron, qui le possédèrent jusqu'aux XIXe siècle. A Champigny, laissant sur la gauche la chapelle des
Minimes (1604), puis celle de la « Bonne-Dame », on fait halte devant le château.

C'est M. Eygun qui s'est chargé de la présentation. Avant la visite détaillée, il donne un aperçu de son histoire.
Le château de Champiguy-sur-Veude fut étudié d'abord dans les Mémoires de la S. A. 0. par de Chargé en 1837. Depuis, un
travail, resté manuscrit et achevé en 1853, avait donné de nombreux renseignements sur l'histoire de la localité. Cette œuvre,
entreprise par l'abbé Auguste Mariet, curé de la paroisse, fut utilisée par l'abbé Bosseboeuf, qui y ajouta ses propres recherches.

Les premiers seigneurs de Champigny furent les de Blou, car, d'après un article de M. Souty paru en 1922 (12 décembre) dans un
journal de Tours, Bernier, jusqu'ici considéré comme le plus anciennement connu, n'était qu'un vassal de Robert de Blou.
Des premiers châteaux du Champigny, brûlés en 1090 ou pris d'assaut en 1156, rien ne subsiste.

Aux Blou succédèrent par mariage avec la dernière héritière du nom, les Baussay, puis, de la même façon, Charles d'Artois,
comte de Longueville et Pézenas. Celui-ci dut vendre la seigneurie à Louis 1er de France, duc de Touraine et d'Anjou. Louis II
la revendit à Pierre de Beauveau, dont la fille épousa Jean de Bourbon. Leur fils, Louis 1er de Bourbon, commença la Sainte-chapelle
en 1508. Elle ne devait être terminée par Louis II qu'en 1548.

Neuf chanoines desservaient la chapelle ; le seigneur de Champigny essaya de donner au doyen les pouvoirs épiscopaux et de
les soustraire à la juridiction de l'évêque de Poitiers. La résistance de Pierre d'Amboise et de son successeur Claude de Tonnerre
eut raison des bulles accordées par les papes Alexandre VI et Léon X à ce sujet. Quelques droits honorifiques furent seulement maintenus.

Louis 1er, en même temps, établissait le règlement du chapitre en 252 articles qui prévoient les détails les plus minutieux.
Louis II avait épousé Jacquette de Longwy et il est vraisemblable que les vitraux de la Sainte-Chapelle furent donnés comme
cadeau de noces par l'oncle de la jeune femme, le cardinal Claude de Givry, archevêque de Lyon.

L'arrière-petite-fille de Louis devait épouser Gaston d'Orléans, père de la Grande Mademoiselle.

Cependant, à cette époque l'infime petite seigneurie de Richelieu s'était élevée et avait grandi au point d'encercler le
domaine des puissants Montpensier. Gaston d'Orléans ne put résister à la volonté du Cardinal de Richelieu et dut lui vendre
Champigny, dont le château devait être démoli. Seule la Sainte-Chapelle ne put être rasée, car le Pape Urbain VIII refusa d'accéder au désir du ministre.
Il avait en effet conservé le souvenir de ce magnifique monument du temps où il était venu lorsqu'on l'appelait encore le cardinal Maffeo Barberini, légat du pape Paul V.

Après la mort de Richelieu, la Grande Mademoiselle, de passage à Champigny et émue des souvenirs de sa famille qui y restaient,
résolut d'obtenir l'annulation des échanges obtenus précédemment.
Elle y parvint, mais malgré les indemnités accordées ne put reconstruire le château. Elle légua sa seigneurie à Philippe, père
du Régent. Les d'Orléans revendirent cette terre au Maréchal de Richelieu en 1750. A la Révolution ce bien national fut acheté par
M. de Quinson, ancien receveur général du Clergé. Il passa par héritage aux Costa de Beauregard et aux de la Roche-Aymon.
Du château proprement dit rien ne subsiste ; seuls les communs qui lui faisaient face sont restés debout. La chapelle était séparée
du château par des douves et un pont-levis, qui aboutissait en face du porche actuel. Il semble que seule la façade du château
qui faisait face à la chapelle ait jamais été construite. Elle s'agrémentait de pavillons d'angle.

La Sainte-Chapelle s'apparente à toutes celles qui eurent pour chef de file celle de Paris, mais on peut la comparer principalement
à celle de Bourbon-l'Archambault, ce que rend naturel l'origine des fondateurs. Elle est de structure toute gothique, avec
une riche ornementation Renaissance et de nombreux décors héraldiques et emblématiques.

Les vitraux, dont le dessin rappelle la manière des ateliers des peintres enlumineurs, Foucquet et Bourdichon, se rapprochent
des travaux effectués en Bourbonnais. M. Pépin signale l'analogie entre les sujets et ceux du manuscrit français 2829 de la Bibliothèque Nationale,
qui appartint à la bibliothèque des princes, à Moulins.

Ce magnifique ensemble a été trop souvent négligé par les auteurs des ouvrages qui traitent de la peinture sur verre. Ce dernier terme, en
effet, convient tout spécialement à l'œuvre de Champigny, dont la technique est bien différente de celle du vitrail proprement dit.

Chaque sujet est ensuite indiqué à l'aide de textes tirée de la vie de saint Louis par Joinville.

Après la visite de Champigny, nous sommes sur la voie du retour.
Nous contournons Richelieu, voyant de près les remparts et anciennes douves du côté ouest, et nous dirigeons vers la Roche-du-Maine.

Devant la façade de ce château. M. Gaston Dez, dans une causerie brillante autant que solide et bien ordonnée, l'étudie au double point de vue
historique et archéologique, et cette conférence est complétée par une visite rapide de la cour postérieure et de ce qui subsiste des anciens appartements.

Le fief de la Roche-du-Maine est mentionné pour la première fois en 1252, comme relevant de la baronnie de Faye-la-Vineuse,
et, après avoir appartenu au XIVe siècle à la famille de Plagny, on le trouve à la fin du XVe siècle aux mains des Tiercelin. C'est
Charles Tiercelin qui fit, dans la première moitié du XVIe, édifier le château actuel, appelé à demeurer dans la possession de sa descendance
jusqu'à la Révolution. Personnage de haut relief que ce Chartes Tiercelin (1482-1567), infatigable batailleur au service de
François Ier et de Henri II, héros de Pavie (1525) et de Saint-Quentin (1557) et dont la joviale ardeur s'atteste encore magnifiquement
par la lettre qu'il écrit en février 1558, à 76 ans, à l'occasion de la prise de Calais sur les Anglais (lettre publiée dans le
t. VII des Archives Historiques du Poitou) ; à la fin de sa vie, son humeur batailleuse s'est retournée contre les Huguenots. Brantôme a fort
bien campé le personnage dans le tableau qu'il fait de sa première rencontre avec lui, en 1550. Constructeur, à la fois, de Chîtré et
de la Roche-du-Maine
a des dates qu'on ne peut absolument préciser.
- nous admettrons : les alentours de 1535, il nous a laissé dans ce deuxième édifice un excellent exemple de château de la
« Première Renaissance », dont la charmante et instructive façade décèle facilement à l'analyse trois caractères : c'est une forteresse,
mais déjà dépouillée de toute une partie de l'armature défensive traditionnelle et agrémentée d'une décoration italianisante, très
discrète encore, dont l'élément le plus frappant (et assez rare) consiste dans la statue équestre de Tiercelin en personne érigée
au-dessus de la porte d'entrée ; on notera que, tels nos « Constantins », des églises romanes du S.-O., il foule aux pieds un personnage.
La beauté de la décoration. l'adaptation aux convenances d'une époque qui s'ouvre aux agréments de la vie s'accentuent
dans la cour Intérieure avec ses belles fenêtres et sa galerie basse.
Tout compte fait, une fort belle demeure si elle n'attente pas au même degré qu'Azay-le-Rideau, sans doute un peu plus
ancien (1518-29), le goût des modes nouvelles, n'est-ce pas parce qu'à Azay on a cru pouvoir reconnaître des influences féminines.
tandis que le constructeur de la Roche-du-Maine était un soldat ?

Après la Roche-du-Maine, la caravane se dirige vers Monts-sur-Guesnes, peu éloigné. Là, M. Salvani présente le château.
C'est une œuvre du xve siècle, en quadrilatère, dont l'aile occidentale a subi, en son rez-de-chaussée des remaniements, à
l'époque de la première Renaissance : deux fenêtres donnant sur la cour en demeurent, ainsi que dans la salle correspondante une
cheminée en pierre et un plafond de bois décoré de peinture du temps. M.Salvini attire surtout l'attention sur la partie classée
de l'édifice : la tour de l'escalier dans laquelle monte en spirale une frise de pierre sculptée représentant, en bas, une chasse avec
le chasseur, les chiens et le gibier, et, au-dessus, une guirlande de feuillages et fruits, le tout demeurant de la construction du xve siècle.

La visite se termine à l'ancienne chapelle du château, devenue église paroissiale et doublée d'une seconde nef après le Concordat.
On y remarque un beau retable et des plaques de marbre dues en ciseau de Coustou, épitaphes de membres de la famille Fréseau de la Frézelliére.

Pour, de Monts, gagner Coussay, on traverse un coin de la forêt de Scévole. Le château de Purnon domine, construction moderne
sur une terre qui, au XIIIe siècle, appartenait aux Montjehan, passa aux Bueil, fut annexée en 1506, par Jean de France, au
domaine de Mirebeau. En 1369, Jean de Kerlouet, Jean de Bueil, Jean de Vienne, Guillaume des Bordes et Jean de Saint-Julien
y livrèrent un dur combat aux Anglais du comte de Pembroke de Thomas Pérey. Après la traversée du village de Brizay, on ne
tarda pas à arriver devant le château de Coussay.

C'est M. Ginot qui a accepté de présenter ce très gracieux spécimen de la Renaissance, moins connu qu'il ne le mérite et
assez rarement étudié. On peut ici que noter l'essentiel de ses savantes explications.

Il rappelle que la Villa Cusciacus, aujourd'hui Coussay, apparaît dans l'histoire en l'an 837 avec le diplôme de Louis le Débonnaire
qui y fonde un prieuré dépendant de l'abbaye de Cormery en Touraine.

En 1119, le Cartulaire de cette abbaye écrit : ecclesia Sancti Petri de Cuciaco ; en 1782, le Pouillé du diocèse imprime Saint Paul
de Coussay, l'abbé de Cormery demeurant le présentateur comme au IXe siècle.

Au XVIe siècle ou dans les dernières années du xve, le prieuré fut érigé en châtellenie et le château reconstruit tel que nous le voyons aujourd'hui.

1) Le pavillon et son porche d'entrée dans la basse-cour. Une croisée à meneaux dont les pieds droits reposant sur deux
modillons sculptés éclaire, au-dessus du porche d'entrée, une salle où se rendait la justice avant la Révolution.

2) A ce premier pavillon s'adosse au sud un pavillon à tourelles d'une rare élégance et comportant, à sa base, une double
fontaine,  la première sous une large voûte ouverte à l'Est à l'intérieur de la cour, la seconde recueillie devant le flanc
Sud-Ouest du pavillon et donnant sur la voie publique.

Monument d'utilité publique comme la plupart des fontaines du Moyen-Âge, mais constituant à Coussay un type particulièrement intéressant.
très différent et des vasques romanes des cloîtres monastiques, et des fontaines adossées, comme celle de Rouen, au bord de la
voie publique, et des fontaines isolées, comme celle du Légat, près du Pont-Joubert, à Poitiers (XIVe siècle), et des vasques
de Versailles entourant statues ou  groupes sculptés.
Me Ginot décrit alors, avec quelque détail, la façade du pavillon des fontaines et remarque que l'ensemble décoratif,
la finesse d'exécution, la manière évoquent aussitôt le souvenir des sculptures conservées du château, assez voisin, de Bonnivet.

3) Le château est entouré de douves profondes, moins pour sa défense que comme symbole traditionnel de la puissance
seigneuriale symbolique aussi, les archères du mur qui clôt le jardin sur ses quatre faces, dominant les douves, et s'agrémentant
de tourelles à chacun de ses quatre angles. Sur la face orientale, au nord-est, le mur s'ouvre sur une large échancrure pour
permettre d'embrasser le vaste espace de la plaine.
Quant au château même, il se compose d'un seul corps de bâtiment, flanqué aux quatre angles d'une tour cylindrique
coiffée d'une toiture conique. Celle du nord-est de la façade sur le jardin. plus grosse et plus élevée que les autres, renfermait la
chapelle et la bibliothèque du cardinal de Richelieu, qui fut prieur de Coussay on sait qu'il y fit de nombreux séjours, surtout durant son épiscopat à Luçon.

La date de ces constructions et leurs auteurs posent des problèmes que M. Ginot examine avec soin. C'est une hypothèse
séduisante que de retrouver ici la main de sculpteurs momentanément arrêtés dans leurs travaux de Bonnivet, mais la date de
cet arrêt (1525) n'est guère conciliable avec d'autres indices qui permettent de reconnaître ici les armes des Briçonnet et l'attribution
de la reconstruction an cardinal Guillaume, de cette famille, mort en 1514. Il y a là une discussion intéressante dont
les détails ne sont pas ici à leur place, et qu'il est grandement souhaitable de voir reprendre plus à loisir.

4) Enfin, l'église, toute proche. L'abside en parait pouvoir remonter à la fin du XIe siècle, ce qui est d'accord avec la sculpture
assez primitive des chapiteaux. Les colonnes et les murs qui la soutiennent sont déjetés au dehors sous la poussée des voûtes,
menaçant d'une ruine complète le monument.

La nef a été reconstruite, et la porte occidentale, du xve siècle, se trouve encaissée de plus de 1 m. 50 par l'apport des terres
extraites des douves lors de la reconstruction du château.
On peut signaler une jolie statuette de la Vierge en terre cuite (XVIIe siècle).


Ici se terminait le programme, heureusement réalisé sans encombre. Par Mirebeau, Etables et Auxances nous rejoignons
Poitiers, où nous arrivons, avec un léger retard, à 8 heures.
Personne, croyons-nous, ne songe à s'en plaindre. Jamais peut-être pareille réussite n'avait été obtenue. Le choix des attractions
était judicieux et leur intérêt assez exceptionnel ; la présentation avait été érudite et soignée. IL faut souligner aussi tout l'effort
M. Eygun, organisateur minutieux et réalisateur parfait, artisan, avant tous, du succès.

Maurice POULIOT



(1) Les notes, courtes et précises, sur les localités et monuments auxquels le cortège ne s'est pas arrêté,
sont empruntées à la notice rédigée par M. François Eygun et distribuées aux excursionnistes.  

(2) Voir infra, p. 552.



Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest - Tome 10 - 1934-1935
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k657308/f545.image.r=coussay.langFR



Le canton de Monts-sur Guesnes a la particularité d'être géographiquement en longueur sur un axe Nord-Sud. Comme on le voit sur une carte prise sur le site du maire de Monts-sur-Guesnes.
Les villages du canton, bien que dans le loudunais, ont été sous l'influence de ville plus proches, comme Mirebeau au sud et Richelieu (et auparavant Faye la Vineuse), au nord.

Remarquons que même de nos jours, on parle de cette « zone d'influence », un étudiant ayant fait un mémoire de maîtrise sur : Loudun et son aire d'influence, dont on trouve un résumé :
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/noroi_0029-182x_1981…

Notons aussi que Loudun, sous l'ancien régime était le siège d'une élection, et dépendait pour le spirituel de l'évêché de Poitiers et pour le temporel de la généralité de Tours, avec la particularité d'avoir sa propre coutume.
De plus, A sa création la sénéchaussée de Loudun dépendait du gouverneur de Saumur avant d'intégrer la généralité de Tours.




_________________
il n'y a pas des hiérarchies il n'y a que des differences


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MessagePosté le: Dim 15 Juil - 16:39 (2012)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Dim 15 Juil - 17:57 (2012)    Sujet du message: Excursion à Loudun en 1870 Répondre en citant

Continuons les excursions, nous sommes en vacances, il va faire beau (à Loudun il fait toujours beau).




EXCURSION A LOUDUN EN 1870
 






Loudun sera ma dernière étape en Poitou. Plus riche en souvenirs qu'en monuments, cette ville n'offre de réellement remarquable que son vieux donjon roman, décrit depuis longtemps par vous, Monsieur le Directeur, et figuré dans le Compte-rendu du Congrès de Saumur.


DONJON.

Le donjon de Loudun est en forme de carré-long. Ses deux faces les plus larges sont munies de quatre contreforts rectangulaires ;
les deux autres faces n'en ont que trois seulement. Une porte en ogive s'ouvre du côté du nord, à un niveau assez élevé au-dessus du sol :
cette porte, il n'est pas besoin de le dire, est de beaucoup postérieure à sa construction primitive.

D'après le P. Labbe, dans sa Nova bibliotheca manuscriptorum, Foulques Néra reçut la ville de Loudun en fief de Guillaume V, duc d'Aquitaine, vers 1026.
Il est à croire que le grand bâtisseur, comme on l'appelait, à qui l'on doit les donjons de Langeais, de Loches, de Montbazon, de Montrichard et tant d'autres,
fit également construire celui de Loudun.

Ce donjon servit maintes fois de refuge aux protestants dans leurs fréquentes révoltes contre l'autorité royale ; en 1633, Louis XIII donna ordre à
Laubardemont « de le raser entièrement sans y rien réserver. » Cet ordre ne fut pas exécuté à ce qu'il paraît, ou peut-être se contenta-t-on de détruire
les défenses supérieures.


CHÂTEAU

Deux passages différents des registres de la Chambre des Comptes nous apprennent que Philippe-Auguste fit reconstruire, vers 1206, le château de Loudun :
« Quando dominus rex Philippus aedificavit castrum novum de Loduno. »
Il n'en reste plus rien pour ainsi dire aujourd'hui ; il fut démoli en 1630 par ordre du Roi qui accorda les matériaux provenant de cette démolition,
« ensemble la propriété des places, tant des dites tours et murailles que des fossés et contrescarpes, à ses amés et féaux, Jean d'Armagnac, l'un de ses maîtres
d'hôtel, capitaine et gouverneur de la ville et du château de Loudun, et Michel Lucas, secrétaire de la maison et couronne de France, en considération de leurs
services. »

Les mots castrum novum, employés dans l'extrait que je viens de citer, indiquent qu'un château plus ancien existait antérieurement à Philippe-Auguste.
J'en ai reconnu les restes au-dessus de la contrescarpe qui fait face à l'église du Martrai. Ces restes se composent de quelques assises de petit appareil
fort régulier, que l'absence seule de bandeaux de briques m'empêche de considérer comme appartenant à l'époque gallo-romaine. Comme il ne reste de ces pans
de murs que les assises inférieures, il pourrait se faire que les bandeaux eussent été emportés avec les assises supérieures disparues. Des monnaies de
Commode et de Dioclétien, trouvées en 1749 dans les ruines du château , font supposer, du reste, qu'un castrum existait à cet endroit du temps des Romains.

Si les pans de murs que je signale ici ne sont pas gallo-romains, ils ne peuvent être postérieurs au VIIIe siècle.


ÉGLISE DU MARTRAI.

L'église du Martrai remonte au commencement du XV siècle. Les voussures du portail sont ornées de délicieuses petites statuettes, et de feuilles de chardon
d'une délicatesse infinie, mais malheureusement fort mutilées. Ces mutilations sont l'œuvre des protestants, comme l'indique une ancienne inscription placée
sur un pilier près de l'entrée :

« LE Xme JOVR DE NOVEMBRE MILLE V CENT SOIXANTE. HV1T FVST CE COVENT MIS EN CENDRES PAR LES HVGVENOTS DESTUVICT. »



Un couvent de Carmes, fondé en 1334 par un seigneur de Lamothe Chandénier, était attenant à cette église.

Le portail et la chapelle de Notre-Dame-de-Recouvrance, qui forme comme une espèce de bas-côté en avant de la nef principale, ont été, croit-on, bâtis par
le roi René d'Anjou, seigneur apanagiste du Loudunais.

Le chevet de l'église est de forme rectangulaire ; une large fenêtre entourée d'une triple archivolte le remplit presque en entier.
On y remarque quelques excellents tableaux, et surtout au-dessus de l'autel de Notre-Dame-de-Recouvrance, une Vierge à l'Enfant-Jésus, attribuée à un de nos
plus grands maîtres.


ÉGLISE DE SAINT-PIERRE.

L'église paroissiale de St-Pierre était primitivement dans l'enceinte du château. Philippe-Auguste l'ayant fait détruire dans la crainte que des étrangers,
en s'y rendant sous prétexte de dévotion, ne prissent connaissance des fortifications, la fit reconstruire à la place qu'elle occupe aujourd'hui au centre de la ville.

De la construction du XIIIe siècle, il ne reste que l'intertransept. Le chœur, le sanctuaire, la nef, les chapelles latérales de l'abside remontent au XVe siècle.
Le bas-côté droit offre tous les caractères de cette époque, et pourtant une inscription placée sur le mur de l'ouest nous apprend que les voûtes n'ont été faites
qu'au XVIIe siècle :


Mre BENJAMIN LOVIS CHAWET CVRÉ. Me RENÉ LE PROVS CONSr AV BAILLIAGE. Me CHARLES CLÉMENT PROCVREVR. Me ROLAND BOVREAV MARCHAND ONT FAICT FERRE CES TROIS DERNIÈRES VOVTES AN 1637 ESTANT PROCVREVRS DE LA FABRIQVE.




Le bas-côté méridional appartient à la fin du XVIe siècle ou au commencement du XVIIe. La porte principale est un charmant spécimen de l'architecture de la Renaissance.

Le clocher est couronné par une flèche très-aiguë et très élancée : c'est là son seul mérite. Il est assez gravement dégradé, et de nombreux crépissages remplacent,
en plusieurs endroits, les pierres rongées par le salpêtre ou par la gelée. Ce clocher est du XVe siècle.

On sait qu'Urbain Grandier était curé de St-Pierre.


SAINTE-CROIX.

L'ancienne collégiale de Ste-Croix, aujourd'hui transformée, hélas ! en halle, est, après le donjon, le monument le plus remarquable de Loudun.
Elle date de la fin du XIe siècle, et son plan est celui des basiliques romanes du Poitou.
La nef principale et les deux bas-côtés dont elle est accompagnée, sont voûtés en berceaux, renforcés d'arcs-doubleaux. Un étroit déambulatoire circule autour
du sanctuaire, que couronnent trois absidioles rayonnantes.
Dans chaque bras du transept s'ouvre une chapelle voûtée en cul-de-four, dont l'arceau est orné de têtes prismatiques de clous, en souvenir, sans doute, de ceux
qui attachèrent le Sauveur sur la croix.
Dans les églises romanes à déambulatoire, le sanctuaire, circonscrit par une série de colonnes monocylindriques, est surmonté d'une voûte en forme de cul-de-four,
s'élevant au-dessus d'une corniche semi-circulaire, c'est le type commun et ordinaire.
A Ste-Croix, la voûte du sanctuaire offre une disposition que nous n'avons encore rencontrée nulle part ailleurs, et qui s'éloigne de ce type pour se rapprocher de
l'agencement de la fausse coupole.
C'est la fausse coupole, en effet, qui a dû servir de modèle à l'architecte de S"-Croix, c'est à elle qu'il a dû emprunter la forme polygonale de la corniche sur
laquelle repose la voûte du sanctuaire.

Qu'on se figure, en effet, le dôme octogone Poitevin, dégagé de l'un de ses larges pans et de ceux plus petits qui l'accompagnent de chaque côté, et l'on aura une
idée de la voûte dont je voudrais faire saisir la disposition.
Toutefois, au lieu d'être supportés par des trompes, les deux petits pans coupés de Ste-Croix reposent sur de courtes colonnettes, dont les bases sont assises sur
les tailloirs des deux grosses colonnes médianes de l'hémicycle. Comme dans la fausse coupole, deux étroits pendentifs retournés, placés au-dessus des petits pans,
servent à passer du polygone à l'hémisphère parfait. La disposition que je décris ici offre encore cette différence avec la fausse coupole, c'est qu'au lieu d'être superposé à un carré,
le polygone s'inscrit sur un plan semi-circulaire.

Pourquoi l'architecte, ayant à sa disposition ces supports semi-circulaires, a-t-il établi une corniche polygonale pour revenir ensuite à la voûte arrondie en
cul-de-four ? C'est ce qu'on ne saurait comprendre ?
Aucune nécessité de construction ne l'y obligeait : loin de là, un agencement tout contraire lui était en quelque sorte imposé par le plan même du sanctuaire.
Il ne peut avoir eu d'autre but que de créer une conception originale, ressortant de la voie ordinaire et usitée ; il ne peut avoir recherché autre chose que
le mérite d'une difficulté vaincue ; et réellement cela ne valait pas la peine d'imaginer les singulières et inutiles combinaisons, je dirai même les anomalies
que nous venons de signaler.

Ici, si vous le voulez bien, Monsieur et cher Directeur, se terminera, pour le moment, notre excursion en Poitou.
J'aurais pu, en la poursuivant dans une autre direction, rencontrer de nouveaux et intéressants sujets d'observation ; mais c'eût été prolonger au-delà des
limites permises ce rapport déjà beaucoup trop volumineux. En étudiant, du reste, les nombreux monuments qui se sont trouvés sur notre itinéraire, et ce sont
les plus importants sans conteste ; en les comparant entre eux, en les rapprochant des monuments des régions circonvoisines, nous avons pu nous faire une idée
du style Poitevin, reconnaître ce qui lui appartenait en propre et ce qui lui provenait d'une source étrangère : et c'est là, ce me semble, le but pratique de
la mission que vous m'avez fait l'honneur de me confier. C'est ainsi que je l'ai comprise ; puissé-je n'être pas resté trop au-dessous de ce que vous attendiez de moi.




Excursion en Poitou et en Touraine  - Gustave de Cougny - 1870
Loudun est page 92 - Table des matières page 371
http://books.google.fr/books?id=ZFFDAAAAYAAJ&hl=fr&source=gbs_navli…

Lettre a M. de Caumont sur une excursion en Poitou
http://195.220.134.232/numerisation/tires-a-part-www-nb/0000005517916.pdf
_________________
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MessagePosté le: Dim 15 Juil - 18:14 (2012)    Sujet du message: Excursion dans le pays de Monts-sur-Guesnes Répondre en citant

Continuons notre excursion de 1870. Allons faire un tour du côté de la ville de Richelieu, dont son église

On verra dans l'histoire du village de Coussay, l'influence du cardinal de Richelieu dans notre région.





Richelieu.
 


L'église de Richelieu a été bâtie par l'illustre cardinal de ce nom. Elle appartient au style froid et sévère de la première moitié du XVIIe siècle.
La façade qui donne sur la place principale est ornée des statues des quatre évangélistes disposées deux au niveau du couronnement de la porte et les deux autres à la hauteur
de la fenêtre qui la surmonte.
Contrairement aux règles de la perspective monumentale, les statues du premier étage sont de proportion plus grande que celles de l'étage supérieur. C'est l'inverse de ce qui se pratique d'ordinaire.
Le chevet de cette église est tourné vers l'ouest. Cette disposition a été complètement intentionnelle, puisque le cardinal, en bâtissant sa ville, pouvait placer l'église à l'est aussi
bien qu'à l'ouest.

L'intérieur a été regratté tout dernièrement. Pour un monument dépourvu de toute ornementation sculpturale, cette opération offre peu d'inconvénients.
Les fenêtres étaient garnies de vitres incolores, montées en plomb et entourées d'une charmante guirlande de roses et de lys d'un ton jaune clair, remontant au temps de la fondation.
On vient d'en remplacer plusieurs par des vitraux peints, et l'on se propose de continuer au fur et à mesure que se présenteront de nouveaux donateurs. Ces vitraux fussent-ils bons,
ce qui n'est pas tout-à-fait le cas, cette mesure serait toujours fâcheuse.
Ne fût-ce que par respect pour son illustre fondateur, la ville de Richelieu eût dû tenir à honneur de ne rien changer, autant que possible, aux dispositions de son église. Au point
de vue archéologique, c'est une faute. Au XVII e siècle, les vitraux historiés étaient pour ainsi dire abandonnés, et il fallait bien qu'il en fût ainsi, pour que l'opulent cardinal
n'en ait point orné l'église qu'il faisait construire. D'ailleurs ces vitraux blancs avec leur bordure à reflets d'or étaient d'un charmant effet et parfaitement appropriés au style du monument.
On peut juger dès aujourd'hui l'effet produit par les nouvelles verrières, et il est loin d'être heureux. L'église de Richelieu perd une partie de son caractère primitif, qui est à peu près son
seul mérite, et elle ne sera plus aux yeux des connaisseurs qu'un monument mutilé. Voilà l'effet du goût vicié de notre époque.


L'excursion est aussi en plusieurs parties (voir la table des matières) :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310553/f3.tableDesMatieres

Richelieu est ici  :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k310553/f408


Qui est Gustave de Cougny (1815-1895)
Ancien directeur de la Société française d'archéologie (en 1898), spécialiste de l'histoire de Chinon :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58281981/f65
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MessagePosté le: Lun 16 Juil - 16:10 (2012)    Sujet du message: Excursion dans le pays de Monts-sur-Guesnes Répondre en citant

Dans nos excursions, la ville (village) de Faye-la-Vineuse, revient souvent dans le discours tout en montrant une réelle importance.

La première fois que j'ai entendu parler de Faye-la-Vineuse, j'ai vu sur la carte que c'était pas très loin de la ville de Richelieu, je m'y suis rendu et par la suite
j'ai "oublié" ce lieu, imaginant un autre lieu du même nom, car ce village (de nos jours : 300 habitants), ne pouvait pas être dans mon esprit la ville de 10 000 habitants du Moyen-Âge !

Le mot Faye est courant dans le Poitou en tant que nom de lieu. 
Voir :
Changement climatique et toponymie - Détermination de l’aire de distribution du hêtre
- Page 22 : Fagea est à l’ origine de Faye-la-Vineuse --- Latin fagea « hêtraie » : fage, faye, hage, foye
http://perso.ensg.eu/maes/CARTOWEB/stage.pdf

Voir aussi : Notes de toponymie poitevine - Léo Fayolle.
Dans : Bulletins de la Société des antiquaires de l'Ouest - Tome 8 - 1928.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65724b/f271
Dont Faye :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65724b/f290.image.r=faye.langFR

et l'histoire de Nueil sous Faye :
http://loudun.discuforum.info/t776-NUEIL-SOUS-FAYE-HISTOIRE.htm


Les villages du canton de Monts-sur-Guesnes dans l'Archiprêtré de Faye-la-Vineuse et de Mirebeau :
     Sous l'ancien régime on trouvera les paroisses de Coussay, Dandesigny, Poligny, Verrue, Ligniers-Langout dans l'archiprêtré de Mirebeau.
     Les paroisses de Dercé, Bretegon (Berthegon), Princé (Prinçay), Pouant dans l'archiprêtré de Faye-la-Vineuse.


On a un historique complet de l'histoire de Faye la Vineuse dans le Carré de Busserolle, Tome 3 :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k210042r/f48


Faye la Vineuse avait aussi sa coutume.
Un rapide aperçu, mais très intéressant de l'histoire de Faye la vineuse et de Mirebeau :
La coutume de Mirebeau et de Faye-la-Vineuse par G. d'Espinay,...
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63676t

La coutume est très importante dans les successions, les droits de succession si aîné ou non, si homme ou femme sont très différents selon les coutumes.
La coutume de Loudun (dérivée de celle de la Touraine), date de François 1er, auparavant ?
Bref, la recherche des seigneurs de Montbrillais n'est pas simple, peut-être à cause de la coutume en vigueur dans la région (privilégie transmission par les femmes ?).



FAYE LA VINEUSE - Page 295

Ici il n'est question que de l'église, seul monument restant....

http://books.google.fr/books?id=ZFFDAAAAYAAJ&printsec=frontcover&hl…

Faye est une ancienne ville forte qui eut autrefois son château, ses murailles et ses défenses.
Pillée et saccagée en 1593 par un parti de ligueurs, elle était à peine relevée de ses ruines lorsque la construction de la ville de Richelieu, à une lieue et
demie de distance, vint lui porter le dernier coup.
Ce n'est plus aujourd'hui qu'un gros bourg, et, des monuments qu'elle renfermait jadis, il ne lui reste plus que son église.

Les annales de Faye ont conservé le souvenir d'un fait mémorable que je crois devoir rappeler ici. Pendant un assaut livré par les protestants, en 1565, on vit
une femme, Bricette Champeigné, se mêler aux défenseurs de la ville et les encourager par ses paroles et par son exemple.
De l'aveu de ses contemporains, elle contribua puissamment à repousser l'attaque des ennemis. La Jeanne Hachette de Faye n'était point une femme des champs comme
je l'ai lu quelque part ; elle appartenait à une famille aisée de bourgeoisie ; et c'est elle que nous retrouvons, en 1593, avançant la somme de 950 écus à laquelle
la ville de Faye avait été taxée par les ligueurs. La famille Champeigné existait encore à Richelieu au commencement de ce siècle ; elle est, je le crois, aujourd'hui éteinte.

Église de Saint-Georges. — L'église de St-Georges a été fondée par Nivès, dame de Faye, au milieu du XIe siècle. Nivès y établit un collège de chanoines qu'elle dota
libéralement, et la donation fut confirmée par Geoffroy, comte d'Anjou, en 1067. L'église fondée par la dame de Faye subsista à peine un demi-siècle.
Il n'en reste plus aujourd'hui qu'un pan de mur en appareil réticulé que l'on aperçoit au-dessus de l'un des grands arcs de l'intertransept, et quelques portions,
peut-être, de la façade de l'ouest. L'église actuelle appartient presque tout entière au commencement du XIIe siècle, et c'est sans conteste un des monuments les
plus remarquables de la Touraine.

La porte de l'ouest a été refaite au XVIe siècle. La nef offre un vaste et large vaisseau sans voûtes et dépourvu pour ainsi dire de tout caractère archéologique.
Je n'ai à y signaler qu'une ancienne chaire du XVIe siècle, assise sur un encorbellement analogue à celui des tourelles en poivrière de la même époque.
On y montait par un escalier pris dans l'épaisseur du mur.
Nos architectes modernes, pour lesquels l'agencement des escaliers des chaires est toujours un embarras, feraient bien d'adopter ce système. Ainsi disposés,
les degrés, d'un effet ordinairement assez disgracieux, disparaissent pour ainsi dire, ne laissant apercevoir que la rampe toujours facile à orner.

De larges arches aujourd'hui murées mettaient autrefois la nef principale en communication avec une autre nef parallèle destinée au service paroissial.
De cette église jumelle, les fidèles pouvaient entendre les prédications qui se faisaient dans la chaire de la collégiale disposée en face, du côté opposé.
Cette chapelle, qui avait son autel particulier et sa sacristie, appartient au XIIIe siècle. Ses voûtes cupoliformes ne manquent pas d'élégance et de légèreté.
Elles sont aujourd'hui gravement lézardées, et s'il n'y est porté un prompt remède, elles ne seront bientôt plus qu'une ruine.

L'intertransept est couronné par une voûte domicale à assises concentriques. La calotte, établie suivant un rayon égal à la demi-diagonale, se confond avec ses
pendentifs qui viennent reposer, ou pour mieux dire prendre leur point de départ sur une colonnette placée entre les grosses colonnes qui, dans chaque angle du carré,
reçoivent la retombée des grands arcs.
En étudiant la voûte de l'intertransept de Saint-Georges, on saisit à première vue le lien de parenté qui existe entre la coupole byzantine et celle à laquelle on
a donné le nom de coupole Plantagenet.
On assiste au début de ces transformations qui ont été si savamment analysées par M. de Verneilh. Ici la calotte est dans sa simplicité primitive et dépourvue de
nervures ; mais quelques années encore, et les nervures arrivant du nord de la France viendront fortifier, ou pour parler plus juste orner la voûte cupoliforme.
Pendant quelques années, les assises demeureront encore concentriques, malgré l'adjonction nouvelle. C'est ainsi que nous les trouvons à Saint-Pierre de Preuilly.
Puis, enfin, la fusion devenant plus intime et plus complète entre le système byzantin, emprunté à Saint-Front de Périgueux, et le système de la voûte d'arête
renforcée de nervures, nous aurons le dôme Plantagenet, tel qu'il apparaît en Anjou dès le milieu du XIIe siècle.

A Périgueux et à Cahors, quatre petites baies, disposées vers les quatre points cardinaux, s'ouvrent à la naissance de la coupole.
Ces baies, nous les retrouvons ici, éloquents témoins à l'appui de la théorie développée par M. de Verneilh. Comme le peu d'élévation de la calotte ne permettait
pas de les percer dans le dôme même, on les a placées dans le tympan qui sépare le grand arc du point de départ de la calotte, au-dessus de ses pendentifs.
Il me reste à ajouter que, comme à Périgueux et à Cahors, les grands arcs sont en tiers-point.

Deux arches ogivales, ouvertes de chaque côté de l'arc triomphal, font suite au déambulatoire. De ces arches, l'une est sensiblement plus large et plus élevée que
celle qui lui correspond du côté opposé. Cette disposition, que j'ai rencontrée plusieurs fois dans le cours de mes explorations archéologiques, m'avait paru jusqu'ici,
je dois l'avouer, sans importance, et, sans plus de souci, je l'avais attribuée à des causes ou à des nécessités inconnues. Récemment encore, je la signalais dans mon étude
sur l'église de St-Martin de Candes.
Aujourd'hui, retrouvant ici ces deux arches d'inégale grandeur, cette voie large et cette voie étroite, je m'arrête et je me recueille, cherchant à pénétrer le motif
de cette disposition anormale.

Un proverbe persan dit: « J'ai vécu près de la rose et j'ai été imprégné de ses parfums. » Sous sa forme poétique et tout orientale, ce proverbe renferme une pensée
philosophique pleine de sens et de vérité.
Pendant la récente session du Congrès de Loches, j'ai eu l'heureuse fortune de me trouver en contact journalier avec un des plus fervents apôtres du symbolisme,
M. l'abbé Auber, inspecteur divisionnaire de la Société française d'archéologie. M. l'abbé Auber sait revêtir ses doctrines d'un charme tellement pénétrant que
j'en ai été imbu pour ainsi dire à mon insu.
Dire que d'ores et déjà je suivrais mon éminent confrère partout et toujours, je n'oserais l'affirmer. Peut-être ne m'aventurerai-je pas à sa suite dans ces ascensions
périlleuses au sommet de nos tours romanes ou sur l'entablement de nos vieilles basiliques, où il va chercher, dans les modifions et dans les métopes, des images symboliques ;
mais avec lui, toutefois, il ne faut jurer de rien.
S'il m'arrivait, ce dont je me féliciterais grandement, s'il m'arrivait de le rencontrer à Chartres au mois de septembre prochain, peut-être reviendrais-je complètement converti
et l'un de ses plus fervents disciples.
Pour aujourd'hui, je demanderai à M. l'abbé Auber, avec toute l'humilité d'un néophyte, si les deux arches d'inégale grandeur que nous trouvons parfois à l'entrée du transept de
nos basiliques n'auraient point pour but de rappeler ce passage de l'évangile selon saint Mathieu : « Entrez par la porte étroite, parce que la porte de perdition est large et
le chemin qui y mène est spacieux. » J'ajouterai que, autant qu'il m'en peut souvenir, le passage étroit se trouve du côté de l'évangile.
La porte qui conduit dans le sanctuaire du symbolisme est quelque peu étroite aussi ; les sentiers en sont quelquefois obscurs, cher maître, tendez-moi la main pour m'aider à
y marcher, soyez mon guide et ma lumière.

Avant de pénétrer dans le déambulatoire et dans le sanctuaire, qui sont avec la crypte les parties réellement intéressantes de l'église de Saint-Georges, je dois donner ici
une rapide description des transepts. Ces transepts, à part un détail signalé au passage dès le commencement de cette étude, n'offrent qu'une importance fort secondaire.
Ils sont l'un et l'autre voûtés en berceau ogival renforcé d'arcs-doubleaux. Le cordon qui, du côté droit, règne à la naissance des berceaux est supporté dans l'un des angles
par une tête humaine renversée.
Pourquoi ici cette tête à l'envers ? Serait-ce par hasard du symbolisme ? De ce côté, le grand arc est surmonté d'une fenêtre remaniée au XIIIe siècle. Au-dessus du grand arc
gauche se trouve le pan de mur en appareil réticulé que j'ai signalé plus haut comme un reste probable de la construction du XIe siècle. Il est percé d'un petit oculus. Oculus
et fenêtre sont aujourd'hui masqués extérieurement par les toits des transepts. Ces toits ont été surélevés à une époque indéterminée, peut-être au moment où l'on a construit
les deux tourelles en encorbellement qui flanquent chaque angle du transept nord; ces tourelles paraissent appartenir au XIVe siècle ou au commencement du XVe.

En entrant du transept droit dans le déambulatoire, on trouve sur la gauche une arche en cintre surbaissé donnant accès dans un petit réduit, large à peine de 2 mètres carrés,
ménagé en partie dans l'épaisseur de la muraille. Cette espèce d'oratoire est muni d'une cheminée; son style et son ornementation annoncent la fin du XVe siècle. J'avais cru tout
d'abord y reconnaître une chapelle seigneuriale analogue à celle que l'on aperçoit dans l'église de Nantilly, à Saumur. M. le curé de Faye, qui a recueilli avec soin les anciennes
traditions de la collégiale, me tira de mon erreur. Il m'apprit que les chanoines de St-Georges avaient la pieuse coutume de veiller durant la nuit les corps de leurs confrères
défunts avant de les descendre dans le caveau sépulcral.
Le retrait en question était le lieu destiné à cette veille funèbre, et la petite cheminée leur permettait de se réchauffer durant les froides nuits d'hiver.

Le déambulatoire est surmonté d'une voûte d'arête suivant l'usage de l'époque. Suivant un usage aussi qui me paraît avoir été généralement adopté en Touraine, pour les églises
à déambulatoire, au commencement du XIIe siècle, le chevet est couronné par trois chapelles absidales de forme semi-circulaire.
C'est le plan des églises de St-Pierre de Preuilly et de St-Léonard de l'Ile-Bouchard, que nous avons précédemment étudiées dans le cours de cette exploration archéologique.
Cette partie de la basilique ne donnerait lieu de ma part à aucune observation, si je n'avais à signaler deux chapiteaux jumeaux qui, dans l'absidiole de droite, ont attiré tout
particulièrement mon attention. Ces chapiteaux d'un très faible relief offrent une frappante analogie avec celui que M. Bouet a figuré dans sa savante étude sur Germigny-les-Prés,
à la page 578 du Bulletin monumental, fig. 10, t. XXXIV. Ce sont les deux mêmes feuilles plates à côtes légèrement cannelées, appliquées sur l'angle de la corbeille.
Ici, toutefois, le bord dentelé de la palme est encadré par deux petits filets qui en suivent les contours et viennent se replier en volutes sous le tailloir.
Un fleuron terminé par trois lobes remplit l'espace compris entre les deux feuilles. Le caractère réellement antique de ces chapiteaux m'avait fait supposer tout d'abord qu'ils pouvaient
provenir de la construction du XIe siècle. Ayant retrouvé les mêmes moulures reproduites dans de plus grandes proportions, et aussi avec un plus fort relief, presque en face, autour de
l'hémicycle du sanctuaire, mon opinion est devenue plus hésitante. Il se pourrait toutefois que les chapiteaux jumeaux de l'absidiole appartinssent au XIe siècle, comme tout semblerait
l'indiquer, et qu'ils eussent, au XIIe, servi de modèle à l'artiste qui a sculpté celui du sanctuaire.

Si, continuant à suivre le pourtour du déambulatoire, nous nous dirigeons vers le transept gauche, nous trouverons dans la travée qui lui est contiguë une petite porte basse, étroite,
qui, par un escalier en vis de St-Gilles, nous conduira dans la crypte située sous la région absidale. Avant d'y descendre, examinons en détail le sanctuaire, qui fournira matière à de
curieuses observations.

L'hémicycle du sanctuaire est circonscrit par huit grosses piles cantonnées qui supportent les arches ouvrant sur le déambulatoire.
Ces arches sont en plein-cintre surhaussé. Au-dessus de ce soubassement, et séparé de lui par un cordon, un étage d'arcatures aveugles règne autour de l'hémicycle.
Ces arcatures viennent appuyer leurs coussinets immédiatement sur les chapiteaux des colonnettes, sans tailloir intermédiaire. Le clérestory se compose de trois fenêtres disposées au-dessus
du triforium. Elles sont aveugles aujourd'hui par suite de l'exhaussement du mur extérieur du déambulatoire à une époque que je suppose être le XVe ou le XVIe siècle. Je reviendrai plus tard
sur cette disposition, que je me contente d'indiquer ici en passant.

Le chœur se compose de deux travées séparées par d'épais arcs-doubleaux. L'arc-doubleau du milieu se termine par un encorbellement qui rappelle celui de l'intertransept de Notre-Dame de Loches.
On ne retrouve point ici, toutefois, les cariatides de Notre-Dame ; l'encorbellement se compose d'assises en retraite les unes au-dessous des autres, sans autre ornement que des baguettes et de
petites moulures en forme de disque.
Les arches qui donnent du chœur dans le déambulatoire sont beaucoup plus larges que celles du sanctuaire ; elles sont de forme légèrement ogivale. Comme dans le sanctuaire, ces arches sont
surmontées d'arcatures aveugles au-dessus desquelles s'ouvrent des fenêtres, une à droite et l'autre à gauche de chaque travée; comme celles de l'hémicycle, et par suite du même motif, ces
baies sont aujourd'hui privées de jour. Ainsi qu'on peut le voir, cette disposition se rapproche beaucoup de celle de Si-Pierre de Preuilly, à cette différence près qu'à St-Pierre l'hémicycle
contient cinq fenêtres au lieu de trois seulement ici.

Il nous reste à étudier la partie ornementale de la région absidale, dont j'ai déjà accidentellement signalé deux chapiteaux. Les colonnes offrent en général la base attique accompagnée de
griffes de formes variées. Quelques-unes m'ont présenté une disposition assez singulière que je n'ai, autant qu'il m'en souvient, rencontrée nulle part ailleurs. La griffe, au
lieu de figurer une feuille ou autre empâtement retombant du tore inférieur sur la plinthe, représente une sorte de poignée semblable à celles des mortiers de pierre, que l'on suppose avoir
été d'anciennes mesures. Cet appendice bizarre part du tore supérieur de la base, se détache de la scotie et vient se relier comme la griffe ordinaire à l'angle de la plinthe.

Les chapiteaux, en général, présentent un fort relief, et rappellent ceux de l'église de Tavant. On y rencontre des monstres barbus à tête humaine, des animaux de forme fantastique à double corps,
dont le masque se dégage en crochet sous l'angle du tailloir; des feuilles côtelées se repliant sur elles-mêmes ou tapissant la corbeille; en un mot, cette ornementation étrange, cette végétation
innaturelle qui est le propre de l'époque romane.

On ne rencontre au milieu de tout cela qu'un seul chapiteau historié. Il représente un épisode militaire, souvenir sans doute de la première croisade. Un guerrier armé d'un bouclier rond de la
forme de ceux auxquels on a donné le nom de targes sort d'une porte surmontée de défenses crénelées. Un chevalier, vêtu d'une jacque de mailles, la tête couverte d'un heaume pointu, marche contre
lui et lui tranche la tête avec sa hache d'armes. Ce dernier porte un bouclier long et pointu complètement semblable à celui que j'ai trouvé figuré dans la crypte de Tavant, et dont j'ai donné
précédemment la description. Il faut remarquer ici la bonne grâce avec laquelle le défenseur de la ville courbe la tête sous la hache de son agresseur, sans lui opposer en apparence la moindre
résistance. Ce qui me fait supposer que ce bas-relief reproduit un épisode des croisades, c'est que dans la crypte, et pour ainsi dire immédiatement au-dessous de celui-ci, un autre chapiteau nous
fait assister au départ des croisés pour la guerre sainte. Je le ferai connaître en détail dans quelques instants, lorsque nous serons descendus dans l'étage souterrain de l'église de St-Georges.
Le vocable de cette église, les scènes figurées sur les chapiteaux donneraient à penser que peut-être elle fut, au retour de la première croisade, élevée par un seigneur de Faye, pour acquitter un
vœu fait au glorieux patron de la chevalerie, au moment de son départ. Je dois dire, toutefois, qu'aucun croisé du nom de Faye ne figure dans l'ouvrage intitulé : La noblesse de France aux croisades.
Ce n'est pas, il est vrai, un motif péremptoire pour exclure l'hypothèse que j'ai émise tout à l'heure; car tous les chevaliers qui sont partis pour la conquête du tombeau du Christ ne sont sans doute
pas inscrits dans cet ouvrage. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, je dois ajouter que la scène représentée ici reproduit vraisemblablement le fait le plus mémorable de la première croisade,
la prise de Jérusalem.

Un étroit escalier en spirale dont l'entrée est placée, comme je l'ai dit, dans le déambulatoire gauche, conduit dans la crypte. Un escalier semblable existait du côté opposé ; il a été condamné
dans sa partie supérieure par la construction du petit oratoire dont j'ai parlé.

La crypte est située sous la région absidale dont elle occupe tout le développement et dont elle affecte complètement la forme. On y trouve un déambulatoire couronné par trois absidioles comme à
l'étage supérieur. Ce déambulatoire, toutefois, ne communique avec la chapelle centrale que par deux portes latérales ouvertes à proximité de chaque escalier. C'est, comme on le voit, un système
complètement différent de celui que nous avons rencontré à Rivière et à Tavant, mais qui s'explique par certaines considérations que nous allons développer tout à l'heure. Le déambulatoire est
surmonté d'une voûte d'arête, et les deux portes qui donnent accès dans la nef centrale sont légèrement ogivales.

Bâtie à proximité du rempart et contiguë au château, l'église de St-Georges a reçu un système de défense approprié à sa situation. Comme la basilique de St-Martin de Candes, c'est une construction
à la fois religieuse et militaire. Nous avons déjà signalé les deux tourelles qui accompagnent le transept nord; la crypte, de son côté, offre de frappantes analogies avec les étages inférieurs
des donjons de l'époque de transition. Les trois absidioles jouent ici le rôle des tours semi-circulaires qui flanquent ces donjons. Elles sont percées de meurtrières évasées à l'intérieur et à
l'extérieur, et se rétrécissant au centre comme celles de la salle du rez-de-chaussée du château d'Étampes.
L'absidiole méridionale ne présente qu'une seule meurtrière. Cette chapelle, il est vrai, a été reconstruite en partie au XVe siècle, mais on a dû vraisemblablement reproduire la disposition primitive.
L'absidiole du chevet diffère de celle-ci en ce qu'elle offre une meurtrière et une fenêtre placées côte à côte: la fenêtre dans l'axe et la meurtrière sur la droite. Cette fenêtre, je le crois,
a dû être pratiquée postérieurement à la place d'une archière, La reprise, toutefois, a été faite de telle façon qu'elle ne laisse aucun indice apparent, aucun du moins que j'aie pu reconnaître.
 L'absidiole du nord est percée de deux fenêtres accouplées, qui ne sont peut-être aussi que d'anciennes meurtrières. Cette partie de l'église donnant autrefois sur la cour intérieure du château,
il pourrait se faire que par ce motif on eût négligé de la munir de défenses semblables aux autres. J'ai omis de dire que le mur méridional du déambulatoire était garni d'une archière, et que la tour
 de l'escalier en offrait plusieurs aussi.

J'ai parlé précédemment d'un chapiteau historié représentant le départ pour la croisade, et que j'ai dit se trouver dans la crypte. Ce chapiteau est celui qui supporte l'archivolte de l'absidiole du
nord. Sur le contour de la corbeille, on aperçoit trois cavaliers. Celui qui marche en avant tient à la main une croix et porte une sorte de capuce qui pourrait faire supposer que l'imagier a voulu
représenter le chef de la première croisade, Pierre-l'Ermite. Les deux autres ont à la main des bourdons de pèlerin, autant du moins que j'ai pu en juger.

En face du départ pour la croisade, et pour lui servir de pendant, l'artiste a placé l'adoration des mages. La Vierge Marie est assise tenant son divin Fils dans ses bras ; les rois mages s'avancent
et adorent le désiré des nations. Peut-être l'imagier qui a retracé ces deux scènes établissait-il une certaine corrélation mystique entre ces chevaliers qui, du fond de l'Occident, s'en allaient
conduits par la croix à la conquête du tombeau du Christ, et les trois princes d'Orient qui, dirigés par une étoile mystérieuse, venaient des lointaines régions de l'Arabie vénérer son berceau ;
ce rapprochement semblerait l'indiquer.

La nef centrale de la crypte se compose de deux travées en sus de l'abside semi-circulaire. Elle est voûtée en berceau ogival renforcé d'arcs-doubleaux en plate-bande. Un cordon chanfreiné règne
à son pourtour à la hauteur des chapiteaux des colonnes. Le système militaire adopté pour les murailles extérieures se reproduit exactement ici. Trois étroites meurtrières pratiquées en face de
chaque absidiole et dans l'axe même de leurs embrasures, leur servaient de seconde défense, rappelant en cela les dispositions de certaines forteresses du moyen-âge. Ces trois meurtrières ont été
élargies et transformées en fenêtres, vraisemblablement après les troubles du XVIe siècle, aûn de donner plus d'air et de lumière à la chapelle principale ; mais on distingue encore parfaitement
la forme primitive de celle du chevet. La disposition des deux autres est moins facile à reconnaître; on doit supposer rationnellement qu'elles étaient en tout semblables à la première, sans quoi
le système de défense eût été très-incomplet.

Cette crypte a conservé son autel primitif encore en place.

C'est un tombeau rectangulaire, long de 2 mètres sur 1 mètre de largeur. Il est de la plus sévère simplicité, sans autre ornement qu'une corniche chanfreinée à sa partie supérieure.
Il était élevé sur une seule marche et disposé en avant de l'abside. On ne reconnaît aucune trace de gradins. Une petite ouverture carrée pratiquée dans la partie postérieure du tombeau me
paraît avoir été destinée à renfermer les reliques d'un martyr, conformément aux prescriptions canoniques. La table ne porte pas d'encastrement pour recevoir une pierre sacrée.

La crypte de la collégiale de St-Georges était dédiée à sainte Madeleine. D'après les renseignements qui m'ont été fournis par M. l'abbé Baranger, curé de la paroisse, des dotations et des
fondations particulières lui étaient affectées; elle avait ses offices spéciaux, et, à certains jours donnés, les chanoines de la collégiale devaient y célébrer le saint sacrifice.

Une seconde crypte, séparée de celle-ci par un mur épais percé d'une meurtrière, et établie à un niveau plus élevé, s'étend au-dessous de l'intertransept. On y descend aujourd'hui par une trappe
dont l'ouverture est placée sous l'arc triomphal. Elle a 6 mètres de long sur environ 2 mètres 50 centimètres de largeur. La meurtrière dont il vient d'être question indique que cette chapelle
souterraine faisait partie du système de défense établi au XIIe siècle. Cette meurtrière est complètement semblable à celles que j'ai précédemment décrites. Si les assaillants parvenaient à
s'introduire dans la crypte de Ste-Madeleine, les défenseurs de la cité pouvaient, après avoir fermé les escaliers par des barricades, dont on aperçoit du reste encore les traces, se retirer dans
le second réduit et de là lancer des flèches ou des carreaux par cette meurtrière. Cette crypte servait de lieu de sépulture aux chanoines de la collégiale. Elle est aujourd'hui complètement
abandonnée et ne renferme plus que quelques débris de planches vermoulues et des ossements blanchis, tristes épaves des tombes violées à l'époque néfaste de la Révolution.

Telles sont les deux cryptes de l'église de Faye. Je me suis longuement étendu sur leur description, à cause des curieux détails qu'elles présentent, et qui m'ont paru mériter une attention
toute particulière. Nulle part ailleurs en Touraine on ne rencontre de système défensif analogue à celui que nous trouvons appliqué ici.

L'époque de la fondation de cette partie de la collégiale me paraît approximativement indiquée par les sujets figurés sur les chapiteaux que j'ai décrits, le départ pour la croisade et la prise
de Jérusalem. Nul doute que l'abside n'ait été bâtie à une époque rapprochée de ces événements mémorables. Dira-t-on que la crypte a été commencée au moment du départ des croisés, c'est-à-dire
vers 1095, et que le déambulatoire se construisait lors de la prise de la ville sainte en 1099 ? La présence d'arcs en tiers point, le caractère des moulures et de la statuaire me semblent
contredire une semblable supposition. En refusant toutefois d'admettre pour l'église de Faye une date aussi reculée que le pourrait faire présumer le chapiteau de la crypte, je reconnais sans
conteste qu'elle a dû être bâtie dans les premières années du XIIe siècle, et peu de temps après le retour des croisés. Ce retour, en effet, a dû faire époque dans l'art monumental, et a dû entraîner
une inévitable transformation du style architectonique ; j'en trouverais ici la preuve.

Si je compare l'église de Faye avec celle de Preuilly, ou plutôt si je mets en regard les absides de ces deux églises qui offrent dans leur plan et dans leurs détails de frappantes similitudes,
je ne puis m'empêcher, dussé-je stupéfier de nouveau les champions un peu hasardés de la date de 1009, je ne puis m'empêcher de reconnaître un caractère plus ancien à celle que j'étudie dans ce moment.
 Si, comme je le pense et comme le pensent avec moi les archéologues les plus autorisés, l'église de Preuilly date du premier quart du XIIe siècle, celle de Faye doit incontestablement remonter aux
premières années de ce siècle. C'est ce qu'il m'a paru opportun de constater au passage.

Le clocher s'élève au-dessus de l'intertransept; il est garni de contreforts rectangulaires qui s'en vont se terminer en glacis à la naissance de la flèche. Il se divise extérieurement en deux étages.
 Le premier se compose d'arcatures ogivales avec colonnettes en application; le second offre sur chaque face deux baies en plein-cintre à triple archivolte. Les chapiteaux présentent un type à peu près uniforme,
une feuille repliée sur elle-même et disposée sous l'angle du tailloir. Comme on le voit, la tour du clocher est de plusieurs années postérieure à l'intertransept sur lequel elle est assise.
Elle était autrefois surmontée d'une flèche polygonale en pierre, et l'on aperçoit encore à l'intérieur les encorbellements qui servaient à passer du plan carré à l'octogone La flèche est aujourd'hui en charpente.
Rongée par le salpêtre au sud et à l'ouest, la belle tour de St-Georges est de surcroît sillonnée par de longues et menaçantes lézardes que maintiennent à grand'peine de nombreux chaînages en fer.
La face de l'est et celle du nord sont les seules qui soient demeurées à peu près intactes. Aussi, lorsque de ce côté on contemple le clocher de St-Georges, on est frappé de son aspect réellement monumental.
Bien que de larges et fortes proportions, et nécessairement écrasé par la disparition de la flèche qui le complétait, il semble ne pas peser sur le toit qu'il surmonte, tant il est allégé à la vue par
ses arcatures élancées et par ses baies dans la triple voussure desquelles viennent se jouer l'ombre et la lumière. En résumé, la tour du clocher de Faye est une des plus remarquables de la Touraine.

J'ai fait connaître le système défensif adopté pour l'étage inférieur de l'église de St-Georges: pour compléter l'étude de ce curieux monument, au point de vue militaire, il me reste à décrire
les dispositions que j'ai reconnues à l'étage supérieur et tendant au même but. Aujourd'hui la muraille semi-circulaire du déambulatoire se trouve surélevée de telle façon que le toit qui le recouvre
vient se relier et se confondre avec celui du sanctuaire. On a ainsi obtenu un chemin de ronde couvert analogue à ceux qui se rencontrent au dernier étage des tours et des donjons des châteaux forts
du Moyen-Âge. Comme dans ces chemins de ronde, le mur extérieur qui forme parapet a été percé de meurtrières et de créneaux. Cette disposition, qui est venue modifier le plan primitif, a dû être
adoptée vraisemblablement au XVe siècle, époque à laquelle les chemins de ronde couverts ont été plus spécialement et plus généralement en usage. Antérieurement à cette modification, l'extrados de
la voûte du déambulatoire formait une plate-forme découverte et crénelée suivant le système défensif du XII e siècle. Du haut de cette plate-forme, à laquelle on accédait par l'escalier du clocher
en traversant le comble du transept méridional, on pouvait avantageusement défendre les approches de l'abside et peut-être même les murs de la ville. La disposition que je viens de décrire m'est
démontrée par de nombreux indices qui ne permettent aucun doute à cet égard. Je signalerai en premier lieu des trous de chéneaux ouverts au niveau du dallage, et destinés à déverser au dehors les
eaux pluviales qui coulaient sur la plate-forme; en second lieu, les fenêtres qui existaient autour de l'hémicycle du sanctuaire, et dont j'ai parlé au commencement de cette étude, fenêtres que
sont venus aveugler les toits du déambulatoire surélevés; en troisième lieu, l'ornementation de cet hémicycle lui-même, destiné incontestablement à être vu du dehors. Cette ornementation mérite
d'être signalée ici d'une manière particulière à cause de son caractère original. Elle se compose de modillons à figures grimaçantes plus espacés qu'ils ne le sont d'habitude. Du tailloir qui
couronne chaque tête s'élève une arcature qui s'en va retomber sur le modillon voisin. Deux filets assez étroits, prenant leur point de départ de chaque côté sur les modillons, comme l'arcature
principale, viennent se rejoindre à son sommet, et, se repliant sur eux-mêmes, forment deux spirales opposées. Je n'ai rencontré nulle part encore cette disposition, et, je dois le dire, sa forme
capricieuse et déliée semble en complète opposition avec l'esprit de l'ornementation romane. Je me rappelle avoir rencontré de petites spirales à peu près semblables à Ville-Salem, mais elles
n'accompagnaient point des arcatures et formaient ornement courant dans la gorge d'une archivolte, ce qui en change le caractère. J'ai, en son temps, signalé cet ornement dans mon étude sur l'église de Ville-Salem.

Rentrons un instant à l'intérieur de l'église de St-Georges, pour donner un coup d'œil à son ancien autel. Cet autel est une œuvre de la fin du XVIIe siècle ; il est en bois sculpté et doré.
L'exposition qui surmonte le tabernacle est supportée par deux cornes d'abondance, ornement, soit dit en passant, d'assez mauvais goût. Au milieu du gradin on voit un écusson, qui sans doute est
celui du donateur. L'écu est d'azur au chevron d'argent, accompagné de trois roses de même, deux en chef et une en pointe, et surmonté d'une couronne de comte. Ce sont les armes d'un membre de la
famille Archambault de Gatinelle qui, suivant l'armoriai de Touraine, se fixa près de Richelieu au XVIIe siècle. J'ai reconnu des armoiries semblables au-dessus d'une porte cochère à peu de distance de l'église.

En terminant cette étude, qu'il me soit permis de m'étonner de l'état de délabrement dans lequel se trouve l'église de Faye. Ses murs lézardés en maints endroits, ses voûtes crevassées présagent
la ruine prochaine de parties importantes de ce curieux monument, et l'administration ne semble pas s'en émouvoir.
Les démarches et les sollicitations n'ont point manqué. M. le curé de Faye, avec un zèle dont on ne saurait trop le louer, a fait dresser des plans détaillés et des dessins de son église dans
l'espoir de la faire classer parmi les monuments historiques; ses frais et ses démarches n'ont abouti à aucun résultat. Pourtant une allocation relativement minime permettrait de préserver d'une
ruine presque certaine cette vieille église contemporaine de la première croisade, et qui nous en a conservé le précieux souvenir. Ma voix dût-elle se perdre dans le désert, je crierai cependant ;
si ce cri n'est point un appel, il sera du moins une protestation.


Faye la Vineuse dans les bases du ministère de la culture : Hélas pas de photos !
http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/LISTES/bases/AG_dpt-37.htm

Notons : Ancienne église Saint-Pierre de Marnay, ne pas confondre avec Marnay (aussi saint-Pierre), près de Vivonne.



Vue aérienne sur l'église de Faye la Vineuse :


_________________
il n'y a pas des hiérarchies il n'y a que des differences


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 05:32 (2017)    Sujet du message: Excursion dans le pays de Monts-sur-Guesnes

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